Le dessalement de l’eau au Maroc : une réponse stratégique à la crise hydrique

Face à des années de sécheresse, à la diminution des ressources en eau douce et à la pression croissante sur les barrages et aquifères, le Maroc accélère son déploiement de stations de dessalement de l’eau de mer. Ces infrastructures deviennent un pilier essentiel de sa stratégie hydrique, à la fois pour l’approvisionnement en eau potable des populations et pour soutenir l’agriculture et l’industrie.

 Une stratégie nationale renforcée

Le gouvernement marocain vise à ce que 60 % des besoins en eau potable proviennent de l’eau dessalée d’ici 2030, contre environ 25 % aujourd’hui, grâce à un programme ambitieux de construction et d’extension de stations de dessalement. Ce plan s’inscrit dans le cadre du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027, soutenu par des investissements publics et partenariats privés.

À l’heure actuelle, 17 stations fonctionnent déjà, produisant plusieurs centaines de millions de mètres cubes d’eau dessalée par an, tandis que de nombreuses autres sont en construction ou en préparation pour augmenter la capacité totale à près d’1,7 milliard de m³ par an d’ici à 2030.


 La station de dessalement de Tifnit : une avancée locale essentielle

Située dans la région du Souss-Massa, la station de dessalement près de Tifnit illustre une étape importante dans la mise en place de solutions durables à la pénurie d’eau dans le sud du pays. Cette installation, qui fournit de l’eau potable fiable à la population locale, répond à des besoins croissants dans une zone où les ressources en eau douce sont limitées.

Bien que de moindre envergure que les mégaprojets nationaux, la station de Tifnit contribue déjà à améliorer l’accès à l’eau potable et à soutenir les activités socio-économiques locales, notamment pour les ménages et les petites exploitations agricoles qui dépendent d’un approvisionnement régulier.


 L’ambitieux projet de dessalement de Tiznit-Taroudant

Dans le cadre de l’effort national, une station de dessalement majeure entre Tiznit et Taroudant est en phase avancée de planification ; les études techniques ont été finalisées et la mise en service est prévue autour de 2028.

Cette future installation, prévue pour produire jusqu’à 350 millions de m³ d’eau par an, vise à alimenter plusieurs provinces du sud, notamment Agadir, Sidi Ifni, Taroudant et Tiznit, en eau potable et pour l’irrigation de vastes surfaces agricoles. Elle s’inscrit dans une dynamique qui place les zones rurales et agricoles au centre de l’adaptation au changement climatique et à la sécurité alimentaire.


 Casablanca : la plus grande station d’Afrique en cours de construction

Parmi les projets les plus emblématiques, la station de dessalement de Casablanca-Settat se distingue comme la plus grande d’Afrique. Lancée sous l’impulsion royale, sa construction a débuté avec une capacité prévue initialement de 300 millions de m³ par an, suffisante pour desservir environ 7,5 millions d’habitants dans la région du Grand Casablanca et les zones avoisinantes telles que Settat, Berrechid et Bir Jdid.

Le projet est réalisé en plusieurs phases :

  • Phase 1 (fin 2026) : environ 548 000 m³ d’eau traitée par jour (200 millions de m³/an).

  • Phase 2 (mi-2028) : extension à plus de 822 000 m³ par jour, dont une portion dédiée à l’agriculture (50 millions de m³/an).

L’usine utilisera des technologies modernes de dessalement par osmose inverse et s’appuiera sur des réseaux de pompage, des stations de stockage et une distribution efficiente pour répondre à la demande urbaine et agricole.


Un avenir hydrique durable pour le Maroc

Le renforcement du dessalement au Maroc ne se limite pas à ces trois sites. D’autres projets sont planifiés ou en construction dans des zones comme Rabat, Tangier, Nador, Dakhla ou encore Safi, afin de diversifier et sécuriser l’approvisionnement en eau.

L’objectif est double : garantir l’accès à l’eau potable pour une population urbaine croissante tout en libérant les ressources traditionnelles (barrages et nappes) pour l’irrigation agricole, un secteur vital pour l’économie nationale.


Conclusion

Dans un contexte de stress hydrique marqué par le changement climatique et des périodes de sécheresse prolongées, le dessalement de l’eau de mer s’impose comme une solution stratégique pour le Maroc. Alors que des projets comme Tifnit offrent déjà des bénéfices locaux, des infrastructures d’envergure comme celles de Tiznit-Taroudant et la station de Casablanca, la plus grande d’Afrique, illustrent l’ambition du pays de sécuriser durablement sa ressource en eau pour les générations à venir.


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